Agnès Maltais, députée du PQ: la souveraineté de tête et de cœur

Agnès Maltais, députée du PQ: la souveraineté de tête et de cœur

LiQ_Mag_July_2015_CoverCet article est tirée de l’édition de juilliet 2015 de Life in Québec Magazine.

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Par Simon Jacobs

Une des premières choses qu’une personne voit en entrant dans le bureau de circonscription d’Agnès Maltais, députée à l’Assemblée nationale, est une vieille chaise tapissée de tissu bleu, au dossier élevé, avec accoudoirs et des roues en laiton fixées au bas de chaque patte. « Essayez-la, » suggère sa secrétaire. « C’est sa vieille chaise de l’Assemblée nationale. »

Quand le gouvernement installa de nouvelles chaises au Salon Bleu, les députés ont eu la chance d’acheter leurs vieilles chaises. Cette chaise est un testament à la longue carrière politique de Maltais. Elle est un des membres du Parti Québécois avec le plus d’ancienneté; députée depuis 1998. Avant la plus récente course à la chefferie du PQ, elle était chef intérimaire du parti et chef de l’Opposition officielle au gouvernement.

Maltais représente la circonscription de Taschereau, à Québec, depuis 17 ans. Son bureau, au cœur du district de St-Roch, est dans le même complexe que la bibliothèque Gabrielle-Roy. Maltais elle-même est exemplaire parmi les députés. Elle a été ministre de la Culture et des Communications de 1998 à 2001, ministre déléguée à la santé, les services sociaux et la protection de la jeunesse et ministre déléguée à l’emploi (2001 à 2003), et présidente du caucus d’opposition (2003 à 2012). Lors du dernier gouvernement péquiste, elle était ministre du Travail, de l’Emploi, et de la Solidarité sociale, ainsi que ministre responsable de la Condition féminine.

À 58 ans, Maltais a passé le début de sa carrière dans le théâtre. Elle a fondé une troupe théâtrale en 1982 et a été comédienne huit ans. Pendant huit ans par la suite, elle a travaillé à l’arrière-scène comme directrice du Périscope et du Théâtre de la Bordée.

L’activisme communautaire de Maltais a aussi pris beaucoup de son temps au long des années. En tant qu’étudiante au CÉGEP elle était vice-présidente de comité d’action politique étudiant et a aidé à organiser une grève étudiante. Elle était fortement impliquée dans des organismes communautaires et municipaux. Elle s’est aussi impliquée dans la communauté lesbienne, gaie, bisexuelle et transgenre (LGBT) et fut la première femme ouvertement lesbienne à l’Assemblée nationale, rendant publique son orientation sexuelle en 2003.

Son expérience a grandement facilité sa transition en politique provinciale – ou, comme elle dit, politique nationale. Elle a gagné son siège six fois de 1998 à 2014 et entre maintenant dans sa 17e année à l’Assemblée nationale.

Elle est fière de l’appui populaire que reçoit son parti. « Nous sommes le parti avec plus de membres que tous les autres partis combinés, » déclare-t-elle. « Lors des débats, toutes les régions du Québec seront représentées sans devoir courir après des membres. » Elle voit cela comme la force fondamentale du parti.

Pendant son temps à l’Assemblée nationale, Maltais a vu la structure du PQ rester stable, même lors des plusieurs changements de chef. Elle reste ferme dans sa conviction que le parti est, à son cœur, très démocratique, et que les décisions sont le résultat de discussions et de débats aux niveaux régionaux partout au Québec.

Quand même, elle s’inquiète qu’avec l’arrivée de nouveaux partis comme la Coalition Avenir Québec (CAQ), son parti ait perdu des votes et de l’influence. La montée récente de la CAQ a été un coup dur pour la représentation du PQ dans la région de Québec; Maltais est maintenant la seule députée péquiste de la ville.

Elle croit que la dernière campagne électorale est la source des problèmes actuels du parti. Elle dit que l’idée de la souveraineté n’a pas été bien abordée. Elle croit aussi que la radio parlée populaire, ce qu’on appelle la radio-poubelle, préfère les candidats de droite, et que les critiques constantes sur les ondes durant la campagne ont tourné l’opinion du public contre le parti. Elle croit que les Québécois sont plus enclins vers la social-démocratie, même si cela ne s’est pas manifesté au scrutin. « Nos analystes nous disent que malgré que [les gens de Québec] sont plus près de leurs portefeuilles, leurs cœurs sont à gauche. »

Elle semble imperturbée par la récente course à la chefferie, qui a mené l’homme d’affaires milliardaire Pierre Karl Péladeau à la chefferie aux dépens de candidats plus à gauche. « Tous ceux qui entrent dans la course à la chefferie doivent fondamentalement suivre le programme du parti, » explique-t-elle.

Elle note que la couverture médiatique est une des choses qui ont beaucoup changé depuis ses premières années à l’Assemblée nationale. « Quand je suis arrivée en 1998 il y avait le journal du matin, les nouvelles en soirée, et les nouvelles de l’après-midi entre les deux. On avait l’après-midi pour corriger les choses [et] contacter les journalistes à temps pour les nouvelles du soir. Aujourd’hui, les nouvelles sont en continu. Ça commence avec les chaînes spécialisées comme CNN et RDI, et ça s’enchaîne sur les réseaux sociaux. Donc, on est toujours sous la loupe des médias. C’est incroyable. »

Pour Maltais, la souveraineté du Québec est tant une affaire de tête que de cœur. Elle croit que les élus sont toujours plus responsables quand ils sont près du peuple et que les décisions sont prises en consultation avec le public. Elle dit que les décisions d’Ottawa ne reflètent pas la réalité de la vie au Québec. Elle souligne que le pourcentage démographique du Québec par rapport au reste du Canada diminue, diminuant en même temps l’influence du Québec sur les politiques du Canada.

Maltais dit qu’elle va fort probablement se représenter aux prochaines élections et qu’elle n’est pas fatiguée de la vie politique. « C’est important d’amener du nouveau monde, des jeunes, mais c’est aussi important d’avoir des gens qui connaissent déjà le système démocratique pour passer le flambeau, » dit-elle. « On a besoin d’un mélange à l’Assemblée nationale. »

About Author

Simon Jacobs

Originally from the UK, Simon Jacobs has been living in Quebec City since 1989. He played viola with the Quebec Symphony Orchestra for 20 years before moving on to become the Executive Director of the Morrin Centre. Currently studying for an MBA at Laval University, he is also a certified Quebec City tour guide and a historian specialising in the Jewish history of Quebec City. He is the current president of the Québec Anglophone heritage network.

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