Bâtir l’opportunité – Sylvain Parent et comment attirer les grands noms artistiques à Québec

Bâtir l’opportunité – Sylvain Parent et comment  attirer les grands noms artistiques à Québec

LiQ_Mag_Cover_July2014Cet article est tirée de l’édition de juillet 2014 de Life in Québec Magazine. Life in Québec est un magazine d’actualité commentée et de style de vie, publié 3 fois par année.
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Par Farnell Morisset

Communiquant avec nous directement d’un festival à Toulon, en France, la voix de Sylvain Parent n’est pas sans fatigue, mais l’énergie qui l’anime est indéniable. En tant que président de QuébéComm, la compagnie derrière plusieurs des plus grands spectacles et divertissements de la région, son équipe et lui s’acharnent depuis des mois à promouvoir la venue de Jerry Seinfeld au festival du Grand Rire. Il a pris le temps de nous parler de ce qu’il faut pour attirer les meilleurs talents du monde à notre ville.

Life in Québec Magazine (LiQ):

QuébéComm est très diversifié. Vous faites des spectacles, de la télé, des projets de film… Qu’est-ce qui guide vos décisions là-dedans?

Sylvain Parent (Parent):

QuébéComm est une entreprise qui était, à ses tout débuts il y a 17 ans, une entreprise de communication. Elle s’est dirigée vers le spectacle à la suite d’événements de relations publiques qu’elle a organisés dans le domaine de l’humour. D’année en année, je vous dirais que c’est beaucoup la fibre entrepreneuriale qui m’a guidé et qui a guidé les membres de l’équipe. On a toujours profité des opportunités qui se présentaient à nous, majoritairement au niveau musical et humoristique.

LiQ :

Vous faites de l’humour et de la musique aussi. Est-ce que selon vous c’est une alliance naturelle?

Parent:

MadonnaLa musique est toujours quelque chose qui nous a vraiment intéressés. Nous avions commencé à le faire en 2008 avec Paris-Québec à travers la chanson dans le cadre du 400e anniversaire de Québec. L’événement a rassemblé au-dessus de 100,000 personnes sur les Plaines d’Abraham et a été télédiffusé à Radio-Canada et à France Télévision. C’était notre création, notre concept, et notre production, et ça nous a donné le goût de la musique. On y a vu aussi un potentiel de relations internationales important, et ça se fait bien en complémentarité avec l’humour. Mais c’était particulièrement des opportunités qui se sont présentées.

Suite à la venue de Paris-Québec sur les Plaines en 2008, j’ai eu l’occasion de rencontrer une agence de New York qui avait fait venir Paul McCartney à Québec en 2008 et Sting au Festival d’Été. Je leur ai présenté un projet pour Central Park à New York. De fil en aiguille on a développé des projets, et c’est ce qui a amené Madonna sur les Plaines d’Abraham en 2012. C’est une belle opportunité qui s’est présentée à nous, on s’est entouré d’une bonne équipe et les gens ont été en confiance. C’a été le premier spectacle à grand déploiement mis en vente par billetterie sur les Plaines d’Abraham. Beaucoup de gens avaient des doutes, mais on a confondu les sceptiques et ç’a été un grand succès.

LiQ :

Le Grand Rire, ça fait maintenant quelques années que ça existe et c’est bien connu. Vous attirez des gros noms. Parlez-nous un peu de votre historique.

Parent :

On va célébrer le 15e anniversaire du Grand Rire cet été. La venue d’artistes de langues autres que le français a commencé il y a quelques années avec Roberto Benigni qu’on a eu l’occasion d’accueillir au Grand Théâtre de Québec. Ça nous a donné de la crédibilité à l’international dans le milieu de l’humour. Ça nous a permis par la suite d’accueillir John Malkovich, Bill Cosby, Whoopi Goldberg, et cette année Jerry Seinfeld. C’est probablement le plus grand nom dans le milieu de l’humour, que le Grand Rire accueille cet été pour le 15e.

LiQ :

C’est surtout une question de crédibilité?

Parent:
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Plus on attire des grands noms, des gens crédibles, et plus on livre la marchandise – et que la population de Québec est au rendez-vous – plus ça nous situe au niveau des artistes internationaux. Vous voyez, les gérants et les agents aux États-Unis et ailleurs dans le monde se parlent beaucoup entre eux. Les artistes veulent être rassurés où ils viennent jouer. Est-ce qu’ils vont être bien payés? Est-ce que l’organisation est crédible? Est-ce que la population dans un environnement majoritairement francophone est présente pour l’accueil de l’artiste? Est-ce que le spectacle aura du succès? Tout ça est très, très important.

LiQ :

« Livrer la marchandise », concrètement, ça veut dire quoi?

Parent :

Livrer la marchandise, ça veut dire de bien accueillir l’artiste, d’en faire une bonne promotion, de bien bâtir le show, de s’assurer que la salle sera complète, de s’assurer que son accueil est fait de façon très professionnelle, de s’assurer qu’il va avoir du plaisir, aussi, et de s’assurer que son expérience et les retombés de presse vont être bonnes pour que ça soit quelque chose de supplémentaire à son arc, si on veut.

LiQ :

Québec est évidemment une ville qui est très francophone. Comment faites-vous pour rassurer les artistes que même si la majorité des gens sont francophones, seront quand même au rendez-vous?

Parent :

Pour Seinfeld par exemple on pense que 35% à 40% des acheteurs de billets proviennent de l’extérieur de la grande région de Québec. Donc on publicise en Ontario, dans l’est du Canada, dans le nord-est des États-Unis et on publicise au sein de la communauté anglophone de Montréal. Et bien sûr, il y a des anglophones à Québec, et des anglophiles aussi à Québec. À Bill Cosby, il avait une première partie en français qui se terminait en anglais pour habituer l’oreille des gens qui étaient dans la salle.

LiQ :

Est-ce qu’il y a une certaine réticence de la part de certains qui préféreraient que les festivals et les spectacles soient entièrement québécois ou aient un contenu entièrement francophone?

Parent :

Je vous dirais qu’auprès de l’industrie, assurément pas. Au près de la population, bien sûr lorsqu’on annonce des artistes de langue anglophone, il y a une très petite minorité – ça devient banal, je vous dirais un sur mille – qui peut dire « Pourquoi qu’on fait de l’anglophone à Québec? ». Je me dis qu’il faut s’ouvrir sur le monde. C’est sûr qu’on n’oserait jamais se rendre à 25 ou 50% de programmation anglophone, mais a sa place et elle est très bien accueillie par les festivaliers. Écoutez, si vous saviez combien d’appels nous avons déjà reçus de gens qui veulent aller voir Seinfeld à Québec… ils sont vraiment derrière nous.

Categories: Arts & Culture

About Author

Farnell Morisset

Farnell Morisset is passionate about discussing (among other things) the issues of modern social identity for many Québécois who, like him, feel deeply connected to the Québécois nation and culture yet do not identify with the traditional francophone non-practicing Catholic nationalist image. He has an engineering degree from Université Laval and is currently a law student at McGill University.

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