Deuxième Chance

Deuxième Chance

LIQ_Mag_Mar2014_Cover_FinalCet article est tirée de l’édition de mars 2014 de Life in Québec Magazine.

Life in Québec est un magazine d’actualité commentée et de style de vie, publié 3 fois par année.

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Tout le monde mérite une deuxième chance. Ce vieux dicton est souvent cité mais rarement appliqué quand c’est le temps de réintégrer des ex-détenus au marché du travail.

Notre société tient des préjugés lourds en vers la criminalité, ce qui peut avoir un impact sérieux sur la capacité des gens à trouver un emploi après la fin de leurs sentences, peu importe la nature ou la sévérité de leur offense.  Un verdict de culpabilité condamne souvent non seulement à la prison, mais aussi à une vie d’emplois précaires et de pauvreté.

Dans les années récentes, des nouvelles lois concernant des sentences minimales et amandes obligatoires attirent la controverse.  Certains criminologues affirment que les taux de criminalité tombent depuis des années grâce aux programmes de réhabilitation et de réintégration sociale, et qu’imposer des sentences minimales ne peut que créer plus de criminels en redéfinissant la criminalité.

Ceci peut être problématique puisque l’imposition de sentences minimales implique qu’un juge ait peu ou pas de pouvoir discrétionnaire en assignant un casier judiciaire aux gens pour des crimes mineurs, simples méfaits et premières offenses.  Cela veut dire qu’un conducteur, qui est un citoyen ordinaire et généralement respectueux de la loi et qui a simplement pris un verre de trop à un party de noël pourrait se retrouver avec un dossier criminel qui pourrait lui empêcher d’avoir un emploi pour le reste de sa vie.

GavelMême si l’article 18.2 de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec affirme que « Nul ne peut congédier, refuser d’embaucher ou autrement pénaliser dans le cadre de son emploi une personne du seul fait qu’elle a été déclarée coupable d’une infraction pénale ou criminelle, si cette infraction n’a aucun lien avec l’emploi ou si cette personne en a obtenu le pardon, » ceux avec des dossiers criminels se font régulièrement refuser des emplois ou licenciés avant même que l’employeur apprenne la nature de l’offense.  Même s’il est illégal de le faire, il est rare que la décision soit contestée : l’ex détenu est souvent trop dévasté par la perte de son emploi et trop découragé par les tribunaux pour trouver le courage d’entreprendre des démarches pour congédiement injustifié.

Life in Québec Magazine a parlé à La Jonction, un OSBL basé à Québec, à propos de la réalité à laquelle fait face les gens avec un passé criminel quand ils tentent de réintégrer le marché du travail.

LiQ : Que fait La Jonction ?

Jonction : Nous aidons les gens avec des casiers judiciaires à réintégrer le marché du travail en leur offrant des ateliers de recherche d’emploi, des cours par internet, du développement personnel et de l’aide a monter leurs résumés.

LiQ : Combien de clients avez-vous par mois?

Jonction : Nous avons environs 20 clients par moins à nos quatre points de service, dont deux sont dans des centres de détention.

LiQ : Quels sont parmi les plus grands défis auxquels vos clients font face en se cherchant un emploi?

Jonction : C’est devenu beaucoup plus difficile se trouver un emploi avec un dossier criminel dans les dix dernières années.  Des nouvelles lois et règlements permettent à des employeurs de poser plus de questions à propos des dossiers criminels et de mettre à pied quelqu’un simplement parce qu’il en a un, même s’il est un bon employé et son crime n’avait rien à vour avec leur travail.  Souvent des choses comme l’hébergement et la pauvreté posent un défi majeur à la recherche d’emploi.  Des fois, les gens sortent de prison et n’ont nulle part ou aller et aucun argent pour se trouver un logement.  Les employeurs sont hésitant d’engager quelqu’un sans domicile fixe.  Aussi, nos clients ont rarement beaucoup de linge et arrivent souvent à des entrevus n’ayant pas l’air très professionnels, ce qui dissuade les employeurs.  La plupart de nos clients on des problèmes d’estime de soi.  Ils ont de la misère à se vendre dans une entrevue.  Ils peuvent aussi avoir peu d’aptitudes sociales et ne savent simplement pas quoi dire.

Ces choses jouent contre eux quand ils se trouvent un emploi aussi.  Garder un emploi est souvent plus difficile pour nos clients qu’en trouver une.  Des fois ils ne comprennent pas des choses qui semblent évidentes pour quelqu’un qui travaille depuis longtemps, comme l’importance d’arriver à l’heure ou de se laver et se raser!  Il est important pour les employeurs qui prennent se genre de client d’être très précis à propos de ce genre de chose parce que ce n’est pas une question de comportement, plutôt que simplement mal connaître les normes sociales.

LiQ : Que diriez-vous sont certains des mythes à propos des gens ayant des dossiers criminels?

Jonction : Plusieurs employeurs pensent immédiatement qu’un dossier criminel implique qu’une personne est dangereuse ou les volera.  Ce n’est normalement pas le cas.  La plupart de nos clients sont très timides et réservés.  Trouver un emploi est pour eux une source énorme de fierté et ils travaillent généralement très fort.  Un autre mythe est que les gens avec des dossiers criminels ont des tatouages au visage ou autrement une allure de « tough ».  Ce n’est pas vrai : plusieurs de nos clients paraissent très bien s’ils ont la chance de le faire.  Notre conseil aux employeurs est de donner à nos clients la chance de leur montrer leur bon coté.  Par exemple, certaines personnes avec des personnalités excessives excellent à des tâches répétitives du domaine manufacturier mais gèrent mal plusieurs tâches à la même fois.  D’autres ont simplement fait des erreurs dans leur vies, ou un des problèmes de consommation qui les ont menés à conduire avec les facultés affaiblies ou d’autres mauvaises décisions, mais sont sur l’ensemble d’excellents travailleurs.

LiQ : Avez-vous beaucoup d’histoires à succès?

Jonction : Nous en avons plusieurs.  Certains de nos clients ne sont pas vraiment prêts à entrer dans le marché du travail et ne font pas réellement l’effort.  Certains de nos clients essaient très fort et veulent vraiment travailler.  C’est une question de savoir s’ils sont prêts à gérer les requis d’un emploi ou pas.  Mais il y a plusieurs clients qui nous viennent avec une idée ou l’espoir qu’ils pourront avoir un emploi et même une carrière après la prison.  Nous avons des clients qui vont à l’université et deviennent des travailleurs sociaux ou professionnels des ressources humaines.  Nous avons des clients qui deviennent mécaniciens, travailleurs en santé, ou d’autres métiers, et qui font réellement une carrière bien à eux.  Plusieurs de nos clients, cependant, trouvent satisfaction à travailler dans des restaurants, hôtels, en entretien, ou dans des emplois manuels.  Trouver un emploi et y travailler fort est souvent la meilleure thérapie ou réhabilitation possible.  Ça donne à nos clients un sentiment d’appartenance et d’estime de soi.  Ça leur donne une deuxième chance.
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About Author

Jacquelyn Smith

Jacquelyn Smith was born and raised in Hamilton. She holds a Bachelor’s Degree in International Developement from the University of Guelph and is currently studying Law at Université Laval. Jacquelyn Smith lives in Quebec City.

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