La force économique surprenante de la région de Québec

La force économique surprenante de la région de Québec

LIQ_Mag_Nov2013_CoverCet article vient de l’édition de novembre 2013 de Life in Québec Magazine.

Abonnez-vous pour garantir votre copie

Par Stephen Gordon

« Le mystère de Québec » est le terme que certains observateurs politiques ont donné aux habitudes de vote parfois inexplicablement idiosyncrasiques de la population de la grande région de Québec. La région a expérimenté tant l’ADQ et les conservateurs de Stephen Harper, et plusieurs attribuent le résultat du référendum sur le fait que les électeurs de Québec étaient nettement moins en faveur de l’indépendance que les autres francophones du Québec 1995. C’est un modèle vraiment étonnant, car il n’y a évidemment rien de spécial qui définit la ville de Québec comme différente du reste de la province.

Contrairement à Montréal, mais comme le reste du Québec à l’extérieur de Montréal, la population de la ville de Québec est composée presque entièrement de francophones blancs nés au Canada.

Il ya une autre énigme de Québec, peut-être encore plus intrigante : son économie. En 2000, le taux de chômage au Québec était légèrement supérieur à celui de Montréal, et plus d’un point de pourcentage au-dessus de la moyenne canadienne. Mais en août 2013, le taux de chômage moyen dans la région métropolitaine de recensement de Québec (RMR) était de 5,1 pour cent – plus de deux points de pourcentage inférieur à la moyenne canadienne, et trois points et demi de pourcentage au-dessous du taux de chômage du reste du Québec. Sur les trente-cinq plus grandes RMR du Canada, le taux de chômage de la ville de Québec est le plus faible à l’est de Saskatchewan. Alors peut-être le plus intéressant mystère de Québec est: pourquoi se porte l’économie du Québec si bien?

Il est certain, la ville de Québec dispose de plusieurs avantages intrinsèques. C’est une destination touristique de renommée mondiale, et elle abrite à la fois le gouvernement provincial et, sous la forme de l’Université Laval, un centre majeur de l’éducation post- secondaire. Mais ces actifs sont au mieux une explication partielle pour le succès récent de la ville de Québec. D’une part, la ville de Québec a été une attraction touristique depuis des générations, et peu de choses ont changé au cours de la dernière décennie pouvant expliquer la forte amélioration du marché du travail local. Et si la présence d’une grande université a été la clé, Montréal – maison de quatre grandes universités, dont l’Université de Montréal et l’Université McGill, les écoles phares de systèmes de postsecondaires de langue française et de langue anglaise du Québec – aurait une meilleure performance que la majeure partie du Canada.

Le marché du travail d’une ville bénéficie de la présence d’un gouvernement provincial, mais les gains peuvent être surestimés. D’une part, la plupart des employés du gouvernement travaillent à l’extérieur de la capitale, au service du public. Par ailleurs, l’emploi du gouvernement peut être une arme à double tranchant : les capitales sont les plus touchés par les mesures d’austérité : la ville de Québec a perdu quinze pour cent de ses emplois de l’administration publique (qui comprend les secteurs fédéraux et municipaux) pendant les coupures dans les années 1990.

Les années d’austérité étaient venues à leur fin en 2000 et la ville de Québec a connu une augmentation des emplois de l’administration publique depuis. Mais cette augmentation de l’embauche ne peut toujours pas être considérée comme le facteur déterminant derrière le boom de l’emploi : l’emploi public a augmenté plus lentement que la population totale.
Donc, si des raisons évidentes n’expliquent pas le mystère économique de Québec, qu’est-ce ? Ma conjecture – et ce n’est qu’une conjecture – c’est que la ville de Québec est à l’avant-garde de la transition vers une économie postindustrielle, et elle gère – à ce jour – très bien la transition.

LiQ_Mag_Abonnez-vousL’emploi manufacturier a connu un déclin dans les économies avancées depuis des décennies, et cette tendance est antérieure à l’entrée des producteurs à bas coût en Chine et dans d’autres économies émergentes sur les marchés mondiaux. Comme l’ont fait leurs homologues dans le reste du Canada, les fabricants de Québec ont fait face moments difficiles au cours de la récession du début des années 1990 et les défis de l’adaptation au libre-échange avec les États-Unis et au Mexique. Mais pour beaucoup du secteur canadien de la fabrication, de la forte baisse du taux de change au cours des années 1990, les entreprises ont pu éviter de faire des changements structurels importants : le faible dollar canadien a permis aux producteurs inefficaces de rester compétitifs sur les marchés mondiaux.

Cette stratégie n’a pas survécu à la flambée des prix des ressources naturelles et de l’appréciation du dollar canadien qui en a résulté. L’emploi manufacturier a chuté de plus de dix pour cent dans l’ensemble du Canada – mais la région de Québec a réussi à échapper au pire. L’emploi manufacturier est tombé, mais à la moitié du taux de la baisse observé à Montréal. Au lieu de rivaliser sur les prix – un jeu qui est difficile de gagner contre les concurrents à faible coût dans les pays émergents – fabricants de Québec ont fait mieux que la plupart en misant sur concurrence par la qualité.

Il est difficile de pointer vers une formule unique à Québec pour le succès : une tournée des parcs industriels de la région montre une grande variété de l’activité économique. Les jours de grandes entreprises manufacturières qui emploient des milliers de travailleurs sont résolus. Québec a déjà fait la transition vers les petites entreprises spécialisées, qui ne dépendent pas de l’appréciation faible du dollar canadien pour rester en affaires.

Mais cette transformation dans la fabrication n’explique pas le boom de l’emploi, non plus: la réalisation principale y a été de limiter les pertes d’emploi. Le domaine de la construction n’est pas non plus la réponse. L’augmentation de l’activité et de l’emploi dans la construction au cours de la dernière décennie était réelle, mais ce n’est pas unique à la ville de Québec : Montréal a connu un boom immobilier semblable.

La voie de la prospérité dans une économie postindustrielle est dans le secteur des services hautement qualifiés et bien payés, et le succès de la ville de Québec ici semble être la meilleure raison de son mystère. Les entreprises fournissant des services spécialisés – y compris les services de santé – aux particuliers et aux autres entreprises représentent la moitié de la croissance de l’emploi depuis 2000. L’une des sources les plus surprenantes de croissance de l’emploi est dans les finances, assurances, et l’immobilier. Quand nous pensons à l’emploi en finance du Québec, on associe généralement avec Montréal, mais la ville de Québec abrite une niche en plein essor dans le secteur de l’assurance. L’emploi dans ses secteurs a augmenté deux fois plus vite qu’à Montréal.

Jusqu’ici, tout va bien – qu’en est l’avenir? Quelques défis difficiles restent à l’horizon. Le boom de la construction touche à sa fin, et il y a déjà beaucoup de condos vacants, alors même que d’autres projets sont en cours de construction. Le secteur de la construction a déjà commencé à ralentir, mais il reste à voir si l’atterrissage sera dur ou mou. Un défi plus sérieux est posé par la démographie. La population de la ville de Québec vieillit rapidement, et beaucoup dépendra de sa capacité à attirer et à retenir les travailleurs qualifiés nécessaires d’une économie postindustrielle.

Ces défis et d’autres auront aussi à relever par les villes dans le reste de la province et dans le reste du Canada. Mais si l’expérience passée est un bon indicateur pour l’avenir – et ce l’est généralement – alors les perspectives pour l’économie du Québec sont plus encourageantes que la plupart.

About Author

Stephen Gordon

Ontario-born Stephen Gordon has been teaching at the Département d’économique at Laval University for more than twenty years. He founded the influential economics blog Worthwhile Canadian Initiative (http://worthwhile.typepad.com) and contributes regularly to the web site of Maclean’s magazine. Follow Stephen on Twitter @stephenfgordon

Write a Comment

Only registered users can comment.