Que fait-on avec un baccalauréat en sciences sociales?

Que fait-on avec un baccalauréat en sciences sociales?

J’ai déménagé à Québec

Par Selina C. Wood

Que fait-on avec un baccalauréat en sciences sociales?

Selina_C._WoodJ’aimerais pouvoir me rappeler du moment où j’ai décidé que je déménageais à Québec. Le tout à commencé avec une lettre de refus, poliment écrite, de l’Université de Toronto : « c’est très gentil, mais non merci ». Pendant presque huit ans, je me suis préparée à vivre une vie d’anthropologue judiciaire et pendant environ six mois, j’ai préparé cette lettre d’application pour une école d’études supérieures. Tous ces efforts pour qu’au final mes rêves soient brisés par une lettre de deux paragraphes, pliée sans précaution et insérée à la hâte dans son enveloppe. Qu’allais-je faire maintenant que j’étais sur le point d’obtenir mon baccalauréat, que j’étais sans emploi et qu’aucune école supérieure ne voulait de moi? Pour empirer le problème qui croissait sans cesse, ma mère avait transformé la maison familiale en une pension. Ma chambre y comprise. Je n’avais donc aucun plan et nulle part où vivre après l’obtention de mon diplôme.

Je savais que je voulais rester dans le milieu universitaire d’une façon ou d’une autre, mais je n’avais aucune idée de comment y arriver sans retourner dans un collège communautaire. Je suis née en Ontario, mais j’ai habité en Californie la majeure partie de ma jeunesse. Quand j’étais plus jeune, nous avions hébergé une Québécoise, par le biais du programme au pair, avec qui je suis demeurée en contact étroit. Pendant des années, elle m’a offert de m’aider à m’inscrire dans un programme de langues à Québec. Après tout, techniquement, je lui ai appris l’anglais, il semblait donc logique qu’il y ait un retour du balancier. Je l’ai donc contacté et lui ai demandé de m’assister dans mes recherches pour un programme de langue française.

Encore là, je m’expliquais mal pourquoi j’avais décidé d’apprendre cette langue en particulier. Pourquoi pas l’espagnol? Après tout, j’avais suivi environ dix cours d’introduction à l’espagnol, et vécu quelque temps sur la frontière mexicaine. Pourquoi pas le Mandarin? J’ai habité trois ans en Chine; j’aurais très bien pu l’apprendre rapidement. J’ai donné une multitude de raisons à mes parents, mes amis et mes professeurs pour justifier mon choix, mais ce que je voulais réellement, c’était vivre une aventure! La poule mouillée que je suis était trop trouillarde pour partir dans un pays complètement étranger et Québec était la seule ville qui répondait à tous les critères : c’était nouveau (du moins, pour moi), c’était différent, et ça ne s’éloignait pas trop de ce que je considérais comme « nor­mal » (nous avons toujours des Walmarts et des Doritos ici). Encore plus important, j’avais déjà au moins un ami là-bas et je n’avais pas besoin d’un visa puisque je suis déjà citoyenne canadienne.

Je suppose que les gens à l’Université Laval croient que pour faire partie du programme d’immersion il faut déjà connaître le français parce que tous les documents étaient écrits dans cette langue – Il est inutile de dire que je ne parlais pas un traître mot de français. Utiliser le traducteur automatique de Google est très fastidieux et s’est avéré une perte de temps, et je suis parvenue à me débrouillée par moi-même. Plus tôt dans l’année, mon université organisait un concours de jeunes talents pour un de nos groupes de chanteurs a ca­pella et un des artistes était ma collègue Rachel. Vers la moitié du spectacle, Rachel est sortie dans un costume français stéréotypé et a chanté un rap français. Rachel parlait les deux langues officielles du Canada avec une facilité désarmante et la voir relever l’exploit m’a convaincu de faire le voyage. Je voulais pouvoir parler français avec la même fluidité qu’elle et c’est pourquoi j’ai décidé de déménager à Québec.


En route vers le Canada! Attendez, mais où sommes-nous?


Les semaines avant mon départ pour Québec, j’avais dit à qui veut bien l’entendre que je ferais la route seule. Pour être honnête, je n’ai jamais eu l’intention de conduire seule, mais j’ai dit cela dans l’espoir qu’un de mes amis s’offre de monter à bord avec moi. Le hasard faisant bien les choses, ma mère hébergeait une pensionnaire de 20 ans du Paraguay nommée Talia. Même si Talia était inscrite à l’école, elle était très claire sur le fait qu’elle pouvait bien manquer une semaine ou deux pour faire un road trip. Elle a immédiatement réclamé la place du passager.

On aurait cru que la malchance poursuivait Talia : nous avons rencontré des policiers presque chaque fois qu’elle était au volant et, même si nous ne nous sommes jamais fait arrêter, je lui disais toujours de surveiller sa vitesse. Nous sommes passées par l’Arizona, le Nouveau-Mexique, l’Utah, le Colorado, le Wyoming, le Dakota du Sud, le Minnesota, l’Iowa, l’Illinois, l’Indiana, la Pennsylvanie et New York. Nous nous sommes arrêtées qu’une fois pour acheter de la nourriture à l’épicerie et c’était pour remplacer le pain que nous avions terminé. Franchement, je ne me rappelle pas avoir mangé un vrai repas de tout le voyage; nous avons survécu avec des sandwichs et un sac de pommes et de clémentines que nous avions acheté en Californie. Il y a aussi eu les déjeuners gratuits offerts par quelques hôtels. Aussi, Talia avait toujours un verre de glaçons qu’elle suçait. Je ne sais pas si c’était pour combattre la faim ou un trouble de la vessie dont elle avait omis de me parler avant le voyage, mais il n’en demeure pas moins que nous devions arrêter à peu près toutes les deux heures.

Nous sommes restées dans les hôtels les moins chers que nous avons trouvés; certains n’étaient pas trop mal, tandis que d’autres étaient carrément terrifiants. Une fois, nous avons trouvé un Motel 6 pour 40 $ la nuit en Ohio. C’était dans un mauvais quartier, ça sentait la cigarette et la première clé que nous avons reçue était celle d’une chambre déjà occupée.

Nous n’avons jamais pu nous procurer le bon visa pour que mon amie étrangère, Talia, puisse traverser la frontière, alors avant d’entrer au Canada je l’ai laissée à un aéroport de Buffalo. Une de mes meilleures amies, Melissa, a pris l’avion pour terminer le voyage avec moi. Nous avons décidé de traverser la frontière à Niagara Falls. J’ai commencé à trembler et à paniquer avant même d’atteindre la frontière; ne pas avoir mon passeport sur moi me troublait. L’agent à la frontière nous a demandé si nous avions plus de 7 000 $ à déclarer (je connais presque toutes ces questions par cœur tellement je voyage souvent). « Non, j’espère! » Je fais toujours la même blague pour détendre l’atmosphère, mais cette fois-ci, je n’ai même pas pu lui décrocher un sourire. Ensuite, Melissa a déclaré qu’elle avait un vaporisateur de poivre (oui, c’est exact). Ils nous ont demandé de nous ranger sur le côté afin de nous poser d’autres questions. L’agent à la frontière ne s’intéressait guère à mon passeport manquant, mais il avait besoin de l’arme offensive de Melissa. Ils nous ont donc laissées dans notre voiture et sont partis chercher les documents nécessaires. Melissa a été immédiatement séduite par l’agent à la frontière « Oh! Monsieur l’agent! » m’a-t-elle chuchoté à l’oreille à la blague quand ils nous ont laissées seules. « Vous devez me confisquer après votre travail! » Je n’avais pas du tout envie de rire.

Après quelques mauvais détours, nous avons réussi à revenir sur la bonne route et à la mi-août 2012, nous sommes finalement arrivées à Québec.

À suivre…

Pour en lire davantage sur nos explorateurs intrépides et leurs voyages vers Québec, visitez l’adresse suivante : www.lifeinquebec.com.

Categories: Français

About Author

Quebec News in English

News from across Quebec. For more Quebec news, business, politics, sport, entertainment, opinion pieces, events and other information please visit our social media accounts: Facebook: facebook.com/lifeinquebec Twitter: twitter.com/lifeinquebec

Write a Comment

Only registered users can comment.