Serge Gaboury: Les meilleurs gags de son monde

Serge Gaboury: Les meilleurs gags de son monde

LiQ_Mag_Dec_2014Cet article est d’abord paru dans l’édition de mars 2014 de Life in Québec Magazine.  Voulez-vous recevoir votre copie?

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Par Simon Jacobs

Serge Gaboury n’est peut-être pas sur le radar du public, mais son œuvre est immédiatement reconnaissable pour plusieurs québécois. Créateur de la bande dessinée Grif et Graf, qui parait dans le magazine scientifique pour jeunes Les Débrouillards, la carrière de Gaboury a pris son envol avec la publication du magazine Croc en 1979. Il est devenu un régulier dans Le Devoir, Le Soleil et 7 Jours, avec des dessins animés sur Canoë et Cyberpresse, et sur le programme Et Dieu créa… Laflaque, maintenant ICI Laflaque, à la télé de Radio-Canada.

Gaboury a été un des premiers Québécois francophones à devenir bédéiste professionnel. À l’époque, sa famille et ses professeurs l’ont découragé d’entrer dans la profession. Il étudiait les communications graphiques à l’Université Laval, où il a obtenu son diplôme en 1978, mais ses professeurs méprisaient la bande dessinée et ne pensaient pas qu’il avait le talent nécessaire d’un artiste professionnel. Un professeur invité des États-Unis a reconnu ses habilités et l’a encouragé. Gaboury était inspiré par la série de BDs Tintin par l’artiste belge Hervé, ainsi que par les BDs de superhéros états-uniens qu’il lisait comme enfant. Surtout, il voulait faire rire les gens et croyait que l’humour « punché » de la bande dessinée était le meilleur moyen d’y arriver.

Quand il a commencé, il n’y avait pas de bédéistes professionnels au Québec puisqu’il n’y avait aucun débouché réel pour leur travail. Ses premiers contacts étaient avec le journal étudiant de l’Université Laval et quelques journaux locaux de Québec. Il avait à l’occasion des contrats du gouvernement, qui avait commencé à utiliser des bandes dessinées dans sa littérature. C’était suffisant pour qu’il soit reconnu par le magazine Croc, le premier magazine d’humour publié au Québec. Croc fut publié mensuellement de 1979 jusqu’en 1995. Ce magazine a dû fermer suite à une compétition féroce de Safarir, magazine fondé en 1987 et toujours imprimé aujourd’hui.Serge_Gaboury_idiots

Initialement, Gaboury trouvait difficilement la motivation, puisque cela demandait beaucoup d’autodiscipline. Il se créa une routine, commençant avec un plan de ce qui devait être fait et découpant le travail en morceaux plus petits et plus gérables. Cette routine lui permettait de travailler sur plusieurs projets à la fois. Il n’était pas submergé par la quantité de travail à faire. Un autre motivateur était le besoin de dates limites comme base pour planifier son horaire. Étrangement, il trouve que les éditeurs d’aujourd’hui sont moins enclin à lui donner une date ferme jusqu’à ce qu’ils réalisent qu’il est presque trop tard.

Gaboury est très pragmatique vis-à-vis la créativité. « Si je dois commencer à partir de rien, bien c’est de là que je commence, » explique-t-il. « Si je dois commencer avec quelque chose qui est écrit, et bien, c’est de là que je commence. Un n’est pas plus difficile que l’autre. » Safarir lui envoie un script, tandis que Les Débrouillards ne fait que lui demander de produire deux pages.

Le syndrome de la page blanche n’a jamais été un réel problème pour Gaboury. « T’essayes trop fort, » dit-il. « Tu dois seulement laisser ton subconscient ressortir. Gribouille peut-être quelque chose, mais ne t’attarde pas devant une page vide. »

Les techniques ont changé depuis que Gaboury a commencé sa carrière. Au début son studio maison était plein de crayons, mines, crayons feutres et piles de papier. Ses filles aimaient venir dans son studio pour le voir travailler et parfois se joindre à lui. Aujourd’hui tout ça a été remplacé par un ordinateur avec Photoshop et un bloc à dessin électronique, mais il ne regrette rien. « Les problèmes du dessin restent les mêmes – avoir une perspective, composer les éléments pour que chaque bande ait sa propre composition, tout en gardant un lien avec les autres bandes et maintenir un sens du mouvement d’une case à la prochaine. »

La vie d’un bédéiste peut être très isolée et celui-ci n’a que très rarement d’éloges ou de critiques. « J’aurais arrêté il y a longtemps si j’avais besoin de ça, » dit-il, riant. Il a peu d’amis qui partagent sa profession puisque les bédéistes n’ont que très rarement la chance de se rencontrer. Il a gagné des prix en 1981 et 1982 au Salon international de la caricature à Montréal et en 2000 et 2002 au Palmarès Communication-Jeunesse. Il était très heureux quand le Toronto Cartoonists Hall of Fame lui demanda d’être juge pour les Doug Wright Awards, prix qui reconnaissent les meilleurs bédéistes et auteurs de romans graphiques. En juin 2010, Gaboury a été introduit au Temple de la renommée des créateurs de bandes dessinées canadiens lors de la 6 e cérémonie annuelle des prix Joe Shuster à Toronto. Les prix sont nommés en l’honneur d’un autre canadien, Joe Shuster, co-créateur de Superman, célèbre personnage de DC Comics.

LiQ_Mag_Abonnez-vousEn réalité la meilleure confirmation de son talent est la multiplication de ses contrats. Aujourd’hui Gaboury travaille régulièrement avec les magazines Les Débrouillards et Safarir sur une base mensuelle, avec le magazine Delire bimensuellement, il fournit une caricature et une bande dessinée hebdomadaire pour La Terre de chez nous (le journal de l’Union des producteurs agricoles du Québec), et il fait les bandes dessinées d’arrière-plan pour ICI Laflaque à chaque semaine. En tout il fait plus de 700 dessins par année, faisant de lui un des bédéistes canadiens les plus prolifiques!

Ses conseils pour les bédéistes aspirants sont simples. « Dessinez beaucoup, travaillez avec des modèles vivants si possible» dit-il. « Apprenez la perspective et l’anatomie mais surtout, maîtrisez l’art de raconter une histoire. Puis, trouvez quelque chose à dire et dites-le! »

Il a une idée pour un roman graphique complet, mais ne trouve pas le temps nécessaire pour réaliser un tel projet. « Il me faudrait une subvention pour m’embarquer dans un projet comme ça » dit-il. Si son projet voit la lumière, celui-ci reflètera surement l’humour plus sombre de Serge Gaboury.

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Cet article est d’abord paru dans l’édition de mars 2014 de Life in Québec Magazine.  Voulez-vous recevoir votre copie?

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About Author

Simon Jacobs

Originally from the UK, Simon Jacobs has been living in Quebec City since 1989. He played viola with the Quebec Symphony Orchestra for 20 years before moving on to become the Executive Director of the Morrin Centre. Currently studying for an MBA at Laval University, he is also a certified Quebec City tour guide and a historian specialising in the Jewish history of Quebec City. He is the current president of the Québec Anglophone heritage network.

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