Suivre le courant avec Randall Spear

Suivre le courant avec Randall Spear

LiQ_Mag_Cover_July2014Cet article est tirée de l’édition de juillet 2014 de Life in Québec Magazine. Life in Québec est un magazine d’actualité commentée et de style de vie, publié 3 fois par année.

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Par Andrew Greenfield

Randall Spear semble calme. Serein même. Il vous dira qu’il ne fait que suivre le courant, travailler, et voir où ça l’amène.

Mais sous cette façade je sens qu’il y a plus à cet auteur-compositeur doué qu’il ne laisse entrevoir. Un de sept enfants, j’imagine qu’étant jeune il devait toujours chercher l’attention de ses parents et sa famille. Comment faire autrement dans une famille aussi nombreuse?

Malgré son enfance dans une famille anglophone qui habitait près de la frontière ontarienne à Hudson, au Québec, Randall est à l’aise en français. Il a fréquenté l’école française. Il dit que c’était quelque chose sur lequel ses parents ont insisté. Il semble en être reconnaissant puisqu’il vit et travaille dans les deux langues aujourd’hui – ayant même reçu quelques prix pour certaines chansons écrites en français.

Randall_Spear_web2Son amour de la musique fut cimenté tôt – presque toute sa famille jouait un instrument et chantait. Son père venu des Maritimes et son grand-père venu d’Irlande écrivaient des airs et des chansons dans le style traditionnel du vieux pays.

Tout a commencé à prendre forme à l’école secondaire. Il se souvient, « Il y avait un grand spectacle appelé le Jubilee où il y avait un théâtre et chacun y faisait du sien. La journée où j’ai eu une guitare, quelques leçons et ai appris quelques accords j’ai écrit ma première chanson. Ça me semblait totalement naturel. »

Jeune adolescent, il était influencé par Supertramp et Peter Gabriel. Il a vu ce dernier en spectacle à Montréal et il pense que c’était un des meilleurs shows qu’il ait vus. C’est tout une affirmation considérant qu’il vu et participé à d’innombrables prestations au long des années.

D’un jeune enthousiaste à un musicien accompli – comment cela s’est fait? Et de Hudson à Québec, comment ça s’est produit?

Randall me dit qu’il a rencontré une fille de Québec à un camp musical dans Charlevoix. Ils se sont fréquentés un certain temps, il a visité Québec, et il est tombé en amour avec elle, et avec la ville. De là, il est allé étudier au Conservatoire de Québec et à l’Université Laval.

Aujourd’hui il jumelle sa carrière (de plus de vingt ans) d’enseignant d’anglais langue seconde dans un CÉGEP à celle de musicien.

Spear adore la scène musicale de la région. Il la trouve concentrée et proche. Il est également amoureux de son emploi de jour et dit « Je suis un enseignant heureux parce que je suis un musicien, et je suis un musicien heureux parce que je suis un enseignant. Ça s’équilibre. Un me change les idées de l’autre et j’ai besoin des deux. » Il continue : « Enseigner apporte de la stabilité, et il y a quelque chose de bien à aller dans une salle de classe et voir les visages heureux, des gens qui veulent apprendre ce que tu as à enseigner. La musique, cependant, wow… c’est des montagnes russes. C’est très compétitif. Même si t’es chanceux, ce n’est pas facile. La définition du succès dans la musique est toujours en changement alors tu t’arranges presque pour échouer. Je gère très mal la pression – trop et je ne me sens pas bien. »

Randall_Spear_webÀ ce jour Randall a lancé trois albums : Slow Parade en 2010, Someone to Help Me il y a quelques années, et These Songs are Made of Wood lancé récemment. Il a un contrat d’enregistrement et de distribution pour tout le Canada. Il travaille avec André Laverne, un membre bien connu de l’industrie de la musique (il a été producteur pour Kevin Parent, Michel Rivard, Patrice Michaud, et Pat the White). Comme Randall dit, « Ce sont des gens très doués. »

Mais ça n’a pas toujours été le cas. Il était musicien indépendant depuis avant que le terme ne soit inventé. Gagner un contrat d’enregistrement il y a vingt-cinq ans : « Oubliez ça – c’était rêver en couleurs pour quelqu’un comme moi. »

Alors, avec un contrat en place et une renommée à travers le Canada, comment sa musique se vend-elle aujourd’hui? Randall explique, « À cause d’internet c’est beaucoup plus facile d’entrer dans l’industrie aujourd’hui que lorsque j’ai commencé. Le plus efficace est toujours le CD. Je trouve ça incroyable. Pourquoi existent-ils encore? Ils sont agaçants, non? Ils se retrouvent partout dans mon auto, ma maison… Ils sont dans le chemin. Je comprends totalement la transmission directe (streaming) et ce qu’elle peut faire pour l’industrie. Je ne suis pas intéressé par l’idée de télécharger la musique et que les gens ne paient que pour ce qu’ils veulent – devinez ce qu’ils vont payer : rien! »

LiQ_Mag_Abonnez-vous« Mais vous savez, quand on fait des spectacles, les gens veulent acheter notre CD de la table de marchandise. Je pensais que ce côté des choses était fini, mais on en vend encore. Ça donne aux fans la chance de tenir quelque chose, d’en prendre possession, de faire une connexion. Tu ne peux pas faire ça en ligne. » Il continue, « La diversification est cruciale pour les artistes aujourd’hui et c’est important d’avoir l’esprit ouvert. On va encore vendre des CDs, mais moins. Il y aura des gens qui achèteront en ligne de plus en plus. Les sites comme iTunes sont bons, je les utilise, mais ce n’est pas tout ce qu’il y a. »

Même s’il a trois albums solos en distribution, il collabore avec d’autres artistes sur des projets. Selon Spear, la clé pour qu’un projet porte fruit est d’être entouré de gens ont une vision commune et qui veulent arriver à des fins semblables C’est un bon conseil d’affaires, selon moi.

Randall donne normalement des spectacles d’un bout à l’autre du Canada devant des foules d’environ trois cents personnes. Il fait aussi des « concerts-maisons ». Comme il explique : « c’est quelque chose qu’on n’a pas ici, c’est surtout dans l’Ouest et aux États-Unis. C’est un spectacle dans une maison privée. Ils vident un salon et une trentaine de personnes se pointent. C’est très intime. Vous rencontrez les musiciens, et il y en a normalement un ou deux avec qui vous pouvez passer une partie de la soirée. Vous leur parlez dans la cuisine. C’est un super concept et vous pouvez vous rapprocher de vraiment bons musiciens. »

Alors, ayant été sur la scène musicale de Québec depuis près de trente ans, quels conseils donnerait-il à ceux qui pensent se lancer dans l’industrie de la musique aujourd’hui? Il dit : « Écoutez de la bonne musique. Trouvez quelqu’un qui vous inspire. Découvrez ce qui vous inspire. Pour moi, c’est Neil Young. Il a une philosophie de ‘ne vous laissez pas être reniés.’ On s’en fout! Faites-le de toute façon. Faites-le mal. Quand vous le faites, faites-le parce que vous y croyez, et là quand ça marche les gens vont dire ‘Wow, comment avez-vous fait ça?’ Vous devez essayer de rester fidèle à ce qui vous inspire. »

Randall Spear n’est clairement pas quelqu’un qui aime rester sur place trop longtemps. Malgré une carrière occupée par le CÉGEP, l’écriture et l’enregistrement de la musique, et la mise en scène de spectacles, Randall travaille aussi sur un autre projet. Pour la première fois, il est capable de collaborer avec son ami et collègue musicien québécois Jack Lavoie (et d’autres musiciens à travers le Canada) sur un manuel scolaire qui combine son enseignement de l’anglais et ses talents de musicien. Le groupe travaille à produire un livret d’activités basées sur la musique avec laquelle les étudiants peuvent interagir – qu’ils soient doués en musique ou non. Selon Randall, « C’est tout un défi, mais je crois que la génération que nous avons y est très ouverte. »

Randall Spear ne fait que suivre le courant – vous devez rire, c’est une des personnes les plus travaillantes que j’ai rencontré!

About Author

Andrew Greenfield

Andrew Greenfield moved to Quebec in 2009. He is part of the team responsible for the publishing company behind LifeinQuebec.com and Life in Québec Magazine. He has been involved with online and print media since 2001. He is passionate about cricket, is a qualified coach, and his real ambition is to start a cricket team in Quebec City – something he freely admits is probably beyond him. Follow him on Twitter @GreenfieldAndy

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