Une Médaille Financée par la Foule

Une Médaille Financée par la Foule

LiQ_Mag_Dec_2014Cet article est d’abord paru dans l’édition de décembre 2014 de Life in Québec Magazine.  Voulez-vous recevoir votre copie?

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Kim Lamarre est une adepte du ski acrobatique originaire de Lac-Beauport, près de Québec. C’est dans cette petite ville située à 25 kilomètres au nord du centre-ville de Québec où l’on retrouve le centre de ski Le Relais, que Lamarre, dès l’âge de deux ans, a découvert le ski, la planche et le ski acrobatique. Selon son site web, « le ski a apporté un sentiment de liberté à sa vie. Tous les jours, la neige était une aventure amusante et imprévisible. » Lamarre ne s’est jamais joint à un club de ski alpin ou de bosses, préférant la liberté et de ne pas être « restreinte » sur la montagne. À l’âge de sept ans, elle a découvert la planche à neige et continue de pratiquer les deux sports. À treize ans, Lamarre a glissé sur sa première rampe et est devenu une accro. Le ski est dans sa famille; sa grand-mère, Ginette Séguin, a représenté le Canada aux Jeux olympiques d’hiver de 1956 à Cortina d’Ampezzo, où elle s’est classée 18e en slalom, 33e en ski alpin et 36e en slalom géant.

C’était dans le ski acrobatique, une catégorie du ski style libre né vers la fin des années 1990, que Lamarre a senti sa meilleure connexion. Comme la planche à neige, cette forme de ski compte des sauts, des acrobaties sur les rampes, boites, bras, et autres éléments du terrain. C’est en 2011, l’année où Lamarre s’est joint à l’équipe canadienne de slopestyle, que le Comité international olympique a annoncé l’ajout de deux nouveaux événements de ski acrobatique aux Jeux olympiques de 2014 à Sotchi : la demi-lune et le slopestyle masculin et féminin.Kim_Lamarre_Bronze_web

Depuis 2005, Lamarre est apparue dans des magazines de ski importants tels Freeskier, SBC Skier et Powder ainsi que dans plusieurs vidéos et webvidéos de ski. Lamarre s’est démarquée de la compétition en 2008, quand elle a fini deuxième au US Freeskiing Open en slopestyle. Malgré s’être blessée lors des X-Games d’hiver de 2009, elle était de retour en 2011 et a gagné sa première médaille des X-Games. Lamarre est devenue de plus en plus forte après sa première blessure majeure grâce à sa persévérance et à son travail acharné, des qualités qui allaient bien la servir lors de son prochain grand défi. En mai 2013, Lamarre a reçu un appel décisif de son coach à Freestyle Canada. Cet appel allait dramatiquement changer ses plans pour l’année suivante et menacer ses rêves de devenir une Olympienne. Elle s’est fait dire : « Tu n’es plus sur notre liste. » C’était aussi simple que ça. Suite à ses deux opérations consécutives aux genoux qui l’avaient gardée loin de ses skis presque deux saisons, ses coaches n’avaient pas le choix : ils devaient la couper de l’alignement de l’équipe. Elle se retrouvait ainsi sans financement pour ses dépenses d’entrainement. « Ils devaient réduire l’équipe pour se concentrer sur les espoirs olympiques, et ne pouvaient simplement pas justifier donner de l’argent à une athlète qui n’avait pas de résultats pour l’année en cours » explique-t-elle. « Je n’étais pas seulement coupée de l’équipe A; je n’étais pas sur l’équipe B non plus. » Lamarre s’est retrouvée sans équipe, et les Jeux Olympiques de 2014 à Sotchi approchaient rapidement.

Pour Lamarre, avoir du financement voulait dire voir plusieurs de ses dépenses être couvertes, tels les frais d’inscription à la compétition, la physiothérapie, les entraineurs, et les frais d’hébergement et de nourriture. Ces dépenses peuvent couter plusieurs milliers de dollars par année à un athlète. Puisque les aspirants olympiens doivent s’entrainer plusieurs heures par jour, un athlète pleinement dédié n’a normalement pas le temps de tenir un emploi stable. En plus, les skieurs acrobatiques comme Lamarre doivent se déplacer à chaque année aux meilleurs endroits pour le ski afin d’avoir accès à un maximum de temps d’entrainement. Ceci coûte cher. Lorsque Life in Québec l’a contactée plus tôt en octobre, Lamarre se préparait à partir pour Breckenridge, au Colorado.

Quand Lamarre fut coupée de l’équipe, elle était déterminée à réussir avec ou sans le financement, et commença à payer de sa poche les frais de sa préparation pour Sotchi. Malgré des moyens financiers restreints, elle jugea que sa participation aux jeux était toujours possible. Comble de malheur, un ours a attaqué son automobile à l’automne 2003, entrainant de lourds dommages qu’il fallait réparer. « L’accumulation des dépenses me causait beaucoup d’anxiété, » se souvient-elle. « J’étais assise dans le salon avec quelques amis une soirée. C’est alors que des amis m’ont suggéré d’en apprendre sur le financement de foule (crowdfunding). »LiQ_Mag_Abonnez-vous

C’est là que Lamarre décida de paver son propre chemin vers Sotchi. En décembre 2013, elle lança sa page web et commença à la faire circuler sur les réseaux sociaux. Avant son départ pour Sotchi, elle avait dépassé son objectif d’amasser 15 000$. « Au départ, je me sentais un peu inconfortable de demander à mes amis et à ma famille de l’aide financière, » explique-t-elle. Mais en fin de compte, elle fut très touchée et encouragée par l’appui reçu.

Le 11 février 2014, Lamarre a fait une des meilleures performances de ski de sa vie. Elle a surpris tout le monde en mettant 85 points au tableau après deux descentes, méritant une médaille de bronze.

Lamarre décrit son dur chemin vers Sotchi comme « une expérience de vie », mais dit qu’elle garde l’accent sur le fait qu’elle est mentalement encore plus forte cette année. « Cette année je n’ai qu’à penser au ski, » dit-elle. « Tous mes efforts se concentrent sur mon sport. Je suis dans une situation bien meilleure cette année que l’année passée. » Même si Lamarre est de toute évidence capable d’exceller sous pression, elle ne souhaite à aucun athlète de connaitre le stress financier. Et tout de même, ce genre de situation où les athlètes doivent payer leurs propres dépenses n’est pas rare dans d’autres sports amateurs, surtout pour les femmes. Par exemple, dans le rugby féminin, toutes joueuses de 15s qui participent dans une tournée d’Équipe Canada doivent « payer pour jouer ». Les médaillées d’argent qui ont représenté Équipe Canada dans la Coupe du monde du rugby en France l’an passé ont dû dépenser plus de 10 000$ pour s’y rendre.

Que Lamarre ait été capable de dépasser ce défi et en sortir avec une place sur le podium est un testament à sa persévérance et son focus. Et elle n’a pas fini. Elle est de retour sur l’équipe canadienne de ski acrobatique, et vise les Jeux olympiques de 2018 à Pyeongchang, en Corée du Sud. Elle s’est rendue une première fois toute seule aux Jeux olympiques, qui sait ce qu’elle y fera la prochaine fois?

 

About Author

Kathleen Keller

Kathleen Keller hails from Quebec City, is a graduate in English Literature, a translator, and an ardent writer. As much as she loves language and literature, she is above all else a passionate rugby player. Having represented her city, province, and country in many leagues and events, Kathleen now has her eyes set on getting a spot in Canada’s senior women’s team for the 2017 World Cup.

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