Vivre après la violence domestique : l’histoire d’une Québécoise

Vivre après la violence domestique : l’histoire d’une Québécoise

LiQ_Mag_July_2015_CoverCet article est d’abord paru dans l’édition de juillet 2015 de Life in Québec Magazine.  Voulez-vous recevoir votre copie?

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Par Ruby Pratka

Charlotte Habegger mettait son linge dans la laveuse quand elle a réalisé que quelque chose clochait.

« Je voulais le mettre à ‘eau chaude’, parce qu’il fallait que ce soit lavé dans de l’eau chaude, mais je me disais, ‘Misère, si mon mari l’apprend, je vais avoir des problèmes. »

Elle s’est assise quelques minutes et réalisa qu’elle était terrifiée.

« Je pensais, “Va-t-il vraiment me battre? Bien, non, mais il sera fâché.” Le genre de chose qu’il pouvait faire, et qu’il faisait, c’était de ne pas me parler pendant trois jours. Il y aurait définitivement des représailles si j’utilisais l’eau chaude. Ça semble si petit, mais je m’inquiétais tout le temps à propos de choses si petites. »

Habegger est née à Fort Wayne, en Indiana, et a grandi sur l’île de la Martinique, aux Caraïbes. C’est là qu’elle rencontra son futur mari alors que les deux étaient au secondaire. Instruite et bien articulée, elle parle impeccablement français et anglais avec un accent des Caraïbes facilement reconnaissable. Elle raconte son histoire de la même manière directe qu’elle dirige sa petite entreprise. Le stéréotype de la rescapée de violence domestique – timide, parlant à voix basse, blessée – n’est simplement pas là.

« J’étais mariée, j’avais des enfants, je travaillais sur mon doctorat, et de l’extérieur tout semblait parfait. Je n’avais pas l’allure de quelqu’un qui subissait de la violence conjugale. Mais n’importe qui peut être victime d’une chose comme ça, » dit-elle.

Pendant des années, elle ne considérait même pas être dans une relation violente.LiQ_Mag_Sub_Banner

« Il n’y avait pas d’abus physique que j’aurais remarqué à l’époque, sauf qu’il me poussait des fois. Maintenant je considère ça abusif, mais dans le temps c’était juste quelque chose qui arrivait quelques fois, » dit-elle. « Pendant très longtemps il ne me frappait pas, et il ne faisait rien de ce qu’on voit dans les films… Je me disais, des chicanes, ça n’arrive pas dans tous les couples? »

La dernière goutte, dit-elle, a été quand elle remarqua que le reste de sa famille souffrait suite au comportement abusif de son ancien mari. « Il se défoulait sur les enfants, et au début je n’intervenais pas, pour une série de raisons qui semblait avoir du bon sens – jusqu’au jour que je me suis opposée. Sa réaction quand j’ai tenté de prendre le bord de mon fils a été de me regarder pendant une seconde, me pousser dans un mur, et s’en aller. Ça faisait 15 ans que j’étais avec cette personne. Ça n’avait jamais été comme ça avant, mais après l’avoir vu faire, c’était le point de non-retour. »

Trois mois plus tard, pendant les fêtes de Noël, elle prépara un sac de linge et de choses pour ses enfants de huit ans, deux ans, et moins d’un an, et est déménagée dans un centre d’hébergement pour femmes.

Le personnel du foyer tenta immédiatement de la convaincre de quitter son mari, et malgré que le couple se soit séparé, ce fut une autre année avant que Habegger puisse prendre une décision plus permanente.

« La séparation aurait éventuellement pu être ma solution, mais ce n’est pas la meilleure solution; il n’y a pas la solution, » elle dit. « Je suis de foi Baha’ï, et dans un mariage Baha’ï il faut attendre un an avant d’avoir un divorce. »

Habegger est sortie du périple avec une vision nouvelle et puissante, mais cela lui a pris beaucoup de travail et de réflexion pour s’y rendre.

« Il y avait tellement d’indices au long du chemin qu’on pourrait penser que je les aurais vus, mais cela a pris longtemps, » dit-elle. « Au début c’était qu’il ne respectait pas les choses qui m’étaient chères. Ma famille, mes amis, ma spiritualité et mes loisirs étaient importants pour moi, et petit à petit il me les a enlevés. Bien sûr que je me suis opposée et que j’ai insisté, mais éventuellement, sans le réaliser, je lui ai donné le pouvoir de décider. Un peu de compromis fait partie de toute relation, mais quand on commence à faire des compromis avec les choses auxquelles on croit vraiment, on s’enfonce et on s’enfonce. »

Elle sort une charte détaillant l’évolution d’une personne ayant eu l’expérience de la violence : de victime, à survivant, à prospère. Les victimes, selon la charte, placent leurs besoins en dernier et se sentent sans valeur et remplies de honte. Les survivants ont appris à chercher de l’aide et sont conscients du fait qu’ils sont « en guérison de blessures ». Ceux prospères font preuve de gratitude envers les bonnes choses de la vie et se mettent au premier plan, ayant la conviction que d’investir en soi-même est vraiment la seule façon d’éventuellement aider les autres.

« Je suis passée de victime à prospère, » dit-elle, citant l’aide et l’appui de ses amis et de sa famille qui l’ont aidée à faire la transition. « N’importe qui dans une situation similaire aurait définitivement besoin d’aide pour faire un changement qui va durer. »

Habegger vit maintenant avec ses enfants à Loretteville, travaille comme consultante en saines habitudes de vie et vend des mélanges d’épices artisanaux. Elle a commencé à planifier un voyage en Chine, où ses parents vivent maintenant. « Mes plans pour l’avenir font que tout va mieux et je prends le temps de l’apprécier, » dit-elle.

Dans la dernière année, elle a fondé un groupe de réseautage pour femmes entrepreneures et a commencé à parler publiquement de ses expériences.

« Je ne sais pas si je suis une activiste, mais j’aimerais que tout le monde sache ce qu’implique la violence domestique, ce que ça n’implique pas, et comment ça peut arriver à tout le monde. »

En partageant son histoire, Habegger espère contribuer à l’amélioration de la vie des autres. Comme elle dit avec un sourire, « Je préfèrerais que ma vie soit utile. »

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About Author

Ruby Pratka

Ruby Pratka grew up in Baltimore, Maryland, studied in Ottawa and took the roundabout way to Quebec City via Russia, Slovenia, France, Switzerland, Belgium and East Africa. In addition to writing for LifeinQuebec.com and Life in Québec Magazine, she also contributes to other media outlets in English and French. She enjoys keeping a close eye on international affairs, listening to good music and singing in large groups.

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